Cette année, le thème de la nuit a été choisi par nos professeurs pour le cours de réalisation documentaire. Nous avons décidé de nous intéresser aux coiffeurs afro du quartier de Château d’Eau, victimes d’un arrêté préfectoral les contraignant à fermer leurs commerces à 20 heures depuis décembre 2024.
Cette mesure les fragilise profondément. Leur activité repose en grande partie sur le tressage, un travail long — trois à quatre heures — devenu incompatible avec ces horaires. Leur clientèle a ainsi fortement diminué, mettant en péril un équilibre économique déjà fragile.
Mais au-delà des conséquences matérielles, cette situation révèle un rapport de force plus large dans l’usage de l’espace urbain. Certains savent faire du bruit, mobiliser, se rendre visibles ; d’autres restent à la marge. Le silence n’est pas neutre : il est souvent le résultat d’une parole empêchée. Faute de temps, de ressources, de maîtrise des codes institutionnels ou d’accès aux espaces de décision, ces commerçants peinent à faire entendre leur point de vue.
Peu présents dans les lieux où se construisent les débats, rarement consultés, ils subissent des décisions prises sans eux, mais qui transforment radicalement leurs conditions de travail et de vie. La nuit devient alors un espace de régulation où se cristallisent des formes d’exclusion silencieuses.
À travers ce court métrage, nous cherchons à ouvrir un espace d’écoute, à rendre visibles des voix habituellement reléguées hors champ, et à interroger la manière dont certaines paroles comptent plus que d’autres. Donner la parole à ces coiffeurs, c’est tenter de fissurer ce silence imposé.
Informations
- Keonaly Phengsavath (kphengsavath)
- 12 janvier 2026 16:32
- Film
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